Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Roland - Algrange d'hier et d'aujourd'hui

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

14 Juin 2019, 07:00am

Publié par R.S.

Suite de mon livre (26)
Quatrième partie: La vie au village
Chapitre 6: La ligne du chemin de fer et ses gares

         Avant l’annexion de 1871, les habitants d’Algrange vivaient un peu en vase clos comme leurs ancêtres. Pourtant dès les années 1860, plusieurs sociétés allemandes tentèrent d’industrialiser cette région en demandant des concessions minières. A partir de 1871, des Sociétés telles : Burbach, Bœcking et Stumm achetèrent des concessions dans le val d’Algrange. Des projets sont évoqués tels que la demande d'un chemin de fer de grande communication à établir à Algrange, d'une voie ferrée et d'une gare (lettre du 23 février 1874). Dans une autre lettre datée du 26 juin 1875, la Société Burbach demanda au Président de Lorraine la concession " d’un chemin de fer du val d’Algrange à la ligne de Thionville à Fontoy ". Mais dès l’exploitation des mines de fer il fallut bien transporter le minerai qu’on extrayait, et la configuration du terrain obligeait de se tourner dans la direction d’Hayange. 

 

          Des projets eurent lieu, mais ils furent refusés par l’administration. Mais suite à la crise économique de 1878, des enquêtes sont menées et aboutissent à l’enquête d’utilité publique prescrite par l’arrêté du 1er février 1881. Une ordonnance impériale du 10 mai 1881 déclare cette construction d’utilité publique.

          Dans le supplément de la " Gazette de la Nied et de la Moselle " datée du 24 décembre 1881, on peut lire :

"  Metz, le 7 octobre 1881

          Par ordonnance impériale du 10 mai 1881, la construction d’un chemin de fer à voie normale, de Nilvingen vers la vallée d’Algringen, a été déclarée une entreprise d’utilité publique au profit de la Société Anonyme des mines du Luxembourg et des forges de Sarrebruck à Burbach près de Sarrebruck, et la dite Société a été autorisée à acquérir par voie d’expropriation les terrains nécessaires à cette construction

                                                                   Signé HAAS.

          De ce fait, le tribunal régional déclare expropriées, pour la construction d’un chemin de fer à voie normale de Nilvingen vers la vallée d’Algringen, au profit de la Société Anonyme des mines de Luxembourg et des forges de Sarrebruck à Burbach, les parcelles d’immeubles situées sur le territoire des communes de Nilvingen et d’Algringen, telles qu’elles sont comprises dans les états parcellaires joints à l’arrêté du Président du département de la Lorraine du 30 septembre 1881, et annexés au présent jugement.      

          Les 17 et 30 mars 1881, un contrat est signé entre Burbach, Rœchling et les chemins de fer du Reich pour la construction et l’exploitation d’une ligne. Le 18 juin 1881 est décrétée l’enquête pour définir les terrains à exproprier et le 24 octobre ces terrains sont transférés à Burbach par jugement du tribunal régional.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

          De ce fait, pendant la construction de la ligne de chemin de fer, en 1882, reliant Thionville-Bouzonville-Carling-Bening-Sarrebruck, l’usine de Burbach associée à la Société des forges de Neunkirchen en Sarre (Gebrüder Stumm) firent construire la ligne de chemin de fer reliant Hayange à Algrange pour l’évacuation du minerai de leurs mines dans notre cité. Cette ligne Algrange-Hayange longue de 4,47km, s’embranche en gare d’Hayange, sur la ligne de Thionville à Fontoy et dessert à Algrange les embarcadères des mines Burbach et Moltke. Elle fut ouverte au trafic le 1er juin 1882.

 

          Le 18 avril et le 19 mai 1883, un contrat est conclu pour réaliser le prolongement de la ligne sur 480m, jusqu’à l’embarcadère Wilhelm (mine d’Angevillers) : ces travaux furent achevés en 1884. D’autres mines s’ouvrent dans la vallée et le prolongement jusqu’à la mine de Rochonvillers s’impose : il est officialisé par un arrêté datant du 26 juin 1890. C’est la société Stumm de Neunkirchen en Sarre qui finança ce prolongement pour raccorder au chemin de fer sa mine de Rochonvillers où un plan incliné compense les 37 mètres de dénivelé entre la mine et la ligne de chemin de fer. Cette extension permit d’ouvrir la ligne au public. Le 4 janvier 1892, date de l’ouverture officielle de la section Algrange-Rochonvillers, le chemin de fer d’Algrange est reconnu valable pour l’importance de son trafic avec la mise en service de la ligne de voyageurs. Il y avait quatre allers-retours quotidiens de trains de voyageurs. La gare se trouvait dans le bâtiment dénommé : " la barrière ". Mais peu à peu, le trafic, par l’implantation des industries s’intensifia et il fallut agrandir. C’est ainsi que la nouvelle gare avec ses nombreux bâtiments annexes fut construite.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

          En 1905, ce sont 14 trains de voyageurs et 28 trains de minerai qui circulent quotidiennement sur cette ligne. Le 4 août 1905, les chemins de fer EL proposent la mise à double voie de la section Hayange-Algrange gare. L’utilité publique est reconnue et prononcée par ordonnance impériale du 31 octobre 1907. La pose de la seconde voie est exécutée rapidement car les officiels la parcourent le 27 avril 1908.

Elle est mise en exploitation le 1er mai 1908. Le trafic atteignit rapidement 70 trains par jour…(14 trains de voyageurs arrivaient et 13 partaient, pour les marchandises 21 arrivaient et 22 repartaient) Le trafic voyageurs s’est étoffé au rythme de la progression des localités avoisinantes, pour devenir très important. En 1913, la gare d’Algrange vend de 100 à 150 000 billets. C’était une gare de troisième classe employant jusqu’à 46 personnes en 1914. La guerre survint mais ne provoqua pas de destructions importantes, l’appareil industriel en sortit affaibli et démodé.

 

          Deux importants services fonctionnaient : celui du mouvement, dirigé par un chef de service assurant la formation des trains et celui du trafic, qui était plutôt administratif, s’occupant de la comptabilité, de la taxation des transports, du fichier wagons…

          A cette époque là, les mines d’Algrange, ainsi que l’usine de la Paix firent toutes leurs expéditions par cette gare. Même les denrées alimentaires arrivaient par le train…Chaque jour, environ 700 wagons de marchandises y circulaient pour transporter le minerai. (environ 525 wagons étaient réservés au minerai pour 150 de ferraille et 25 de scories)

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

          Le trafic marchandises retrouve après 1918 un niveau important mais celui des voyageurs décline au fil des années. D’une dizaine aller-retour en 1925, la trame de la desserte n’en comporte plus que 8 en 1935. La priorité est donné à son concurrent : le tramway.

          De nombreux habitants d’Algrange utilisaient ce moyen de transport pour aller travailler à l’extérieur et les ménagères n’hésitaient pas à prendre ce train pour aller faire des achats à Hayange, Thionville, voire Metz…

         A cette époque, le train de voyageurs était considéré comme briseurs de ménages. C’était l’excuse, quand on manquait le dernier tramway, on avait que la possibilité de prendre le train. L’inconvénient était que ce dernier train arrivait à Algrange vers 1h 30 du matin. Certaines épouses ne furent pas très contentes de voir leur mari arriver à une heure aussi tardive (surtout les jours de paye) et ce train fut rapidement surnommé " Ehebrecher ". (briseur de ménages) C’est avec un petit air malicieux que les anciens aiment raconter aujourd’hui cette période là. 

          Le trafic voyageurs fut supprimé officiellement entre Hayange et Algrange le 6 mai 1939. Peu de temps après, en 1941, la Reichsbahn rétablit une desserte voyageurs, avec 7 aller-retour. Ce service ne sera pas maintenu à la fin du 2ème conflit mondial. Au début des années 1940, une quarantaine de personnes étaient employées, en 1948 il n’y avait que 27 agents et en 1959 une trentaine au maximum. (chef de gare principal, chef de gare marchandises, assistants, employés, chargeurs de marchandises, aiguilleurs, chefs d’équipes, ouvriers, contrôleurs de wagons…) On sait que les gares étaient classées par le nombre de personnes employées et non par l’importance du trafic. 

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

          A la fin de la guerre, beaucoup de destructions sont à déplorer. Une brèche de 1700m est ouverte dans les voies entre Knutange et Hayange et le rétablissement des deux voies n’est réalisé que le 30 janvier 1947. Le dernier train de voyageurs Algrange - Hayange, circula le 31 août 1944. C’est Monsieur FRIES, né le 2 mars 1879, qui fit partir les derniers trains de voyageurs, car il fut chef de gare de 1924 à 1944. MM. L’HUILLIER, ALTMEYER, REINHART, Jean SOLLER et Roland GÉRARD lui succédèrent. M.FORET, qui était le doyen de la gare, 40 années au service de celle-ci de 1919 à 1949, et dont le père était déjà occupé en qualité d’agent S.N.C.F. dans cette gare, raconte un vieux souvenir de sa carrière à la gare d’Algrange :

           " C’était déjà bien longtemps de cela. Je me trouvais un matin dans mon bureau, lorsque vers huit heures, un bruit épouvantable me fit tressaillir. Je me précipitais sur le quai de la gare où un spectacle hallucinant s’offrit à mes yeux. Une rame de wagons de minerai descendant la pente venait de tamponner un train de voyageurs qui se trouvait en gare. Heureusement que plus personne ne se trouvait dans les wagons. Ce tamponnement était dû à une erreur d’aiguillage. Le choc entre les deux machines fut tel qu’un wagon se trouvait allongé sur le quai. Seul le chef de train fut légèrement blessé, mais les dégâts matériels étaient d’importance. " 

 

           Un autre épisode qui est resté dans ses souvenirs fut l’attaque d’une locomotive par un avion américain lors de la dernière guerre...

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

           L’appareil industriel se remet lentement en route après guerre, en 1946 la gare d’Algrange n’expédie que 60 000 tonnes, en 1948, elle en expédie 117.309 tonnes. Pendant ce temps les mines d’Angevillers et de Rochonvillers expédient des tonnages dérisoires : de 10 T à 260 T. La ligne Algrange-Angevillers et Algrange-Rochonvillers (1,658km) est fermée au trafic public en 1950. Son électrification date du 16 septembre 1955. Au début des années 1960, la gare d’Algrange était celle qui comptait le plus fort trafic de marchandises de la région Est.

 

          Le transport du minerai qui avait été à l’origine de la construction de la gare fit longtemps la prospérité de celle-ci. En outre dans les années 1970, arrivaient encore en gare 2 à 3 wagons de la messagerie et Algrange disposait d’un camionneur attitré pour faire livraisons à domicile. En 1974, la gare d’Algrange fut rattachée administrativement à celle de Hayange. Elle devint " un chantier " de la gare de Hayange avec pour chef M. PETREMONT. En 1975, elle est mise à voie unique et le 2 juin 1980, son exploitation est simplifiée par la suppression des signaux.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)

          C’est en 1976, que la maison où se trouvaient les bureaux, dont celui du chef de service, la consigne et l’enregistrement des bagages et le guichet où les voyageurs prenaient leur billet, fut la proie des démolisseurs. Aujourd’hui, en cette fin de siècle et de millénaire, le dernier bâtiment a été vendu à des particuliers qui l’ont transformé en une jolie maison d’habitation. En 2019, ce qui servait de toilettes de la gare fut complètement détruit...

 

          La section comprise entre la gare d’Algrange et la mine d’Angevillers est fermée à tout trafic le 1er décembre 1987 et la section Hayange-Algrange vivotera jusqu’au 1er janvier 1990, date de la neutralisation. Le déclassement de ce tronçon est prononcé le 20 septembre 1991 et la dépose est réalisée en 1992.

 

          La fermeture de la mine Burbach, le fait que le minerai des mines d’Angevillers et de Rochonvillers transitait par une autre voie, ainsi que le ralentissement de l’activité de l’usine de Knutange firent le déclin du trafic ferroviaire de cette gare.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines -  La ligne de chemin de fer et ses gares (26)
Commenter cet article

Urgo 15/06/2019 19:34

Il est vrai que sans l'annexion de 1871, Algrange et la Moselle en général n'aurait pas connu un développement économique aussi puissant. L'esprit d'entreprise et le dynamisme industriel des teutons n'avaient rien de comparable à celui des français. Ce fut presque un 1/2 siècle de prospérité. Et nous faire croire que les mosellans souhaitaient ardemment le retour à la France, est un pur produit de propagande.

covix 14/06/2019 17:25

Bonsoir,
Et pas de protestataires contre les expulsions au profit de la ligne de chemin de fer.
Bonne fin de semaine
@mitiés