Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le blog de Roland - Algrange d'hier et d'aujourd'hui

Souvenirs de Jean NIGRETTO d'Algrange entre 1880 et 1925

27 Juillet 2014, 07:10am

Publié par R.S.

Jean NIGRETTO m'avait écrit cette lettre avant la sortie de mon livre Algrange, cité aux 4 mines édité en 1997

Souvenirs de Jean NIGRETTO d'Algrange entre 1880 et 1925
L’histoire d’Algrange dans une vue rétrospective présente à plus d’un titre une évolution extraordinaire pendant la période de 1880 à 1925.
         Cette évolution économique et sociale, dû particulièrement par la mise en exploitation de 4 mines de fer, de la construction de l’usine dite " LA PAIX " et du chemin de fer, le tout nécessitant parallèlement une main d’œuvre nombreuse.
          L’on peut affirmer qu’à partir de 1890, des immigrations successives de populations en provenance des régions pauvres d’Allemagne (l’Eifel et le Nassau), d’Italie, de Pologne…ont contribué largement à augmenter la population de la ville. Les premiers immigrés furent des Allemands de l’Eifel, Hunsrück et de Nassau, parmi ces derniers se recrutaient surtout les cadres administratifs et techniques. Vers 1894, ce furent les Italiens venant du Piémont tels les PIANFETTI, BELGIGLIO, NIGRETTO, GUGLIEMETTO…qui fournirent le " détachement précurseur " et qui s’empressèrent de faire venir par la suite des compatriotes avec leurs familles. Les Polonais vinrent nombreux après la guerre de 1914-18 et se fondirent comme les Italiens et les Allemands dans le creuset de la population autochtone devenue largement minoritaire. Comme intégration totale, l’on ne pouvait faire mieux.
            L’afflux de cette population cosmopolite fut tel qu’un grave problème d’hébergement, sensible surtout avant 1914, ne tarda pas à se manifester et à ce propos l’on pût assister à un curieux phénomène qui avait l’avantage de résoudre au moins partiellement la pénurie de logements. En effet, la plupart des familles allemandes et italiennes se mirent à prendre des pensionnaires ; parfois 6 à 7 et leur offraient gîte et nourriture, à prix très modique. Cette évolution sociale entraina corrélativement une véritable activité de fourmilière, beaucoup de familles élevèrent des porcs, d’où la nécessité de défrichement de terrains afin de cultiver des pommes de terre et tenaient souvent 2 à 3 chèvres, ce qui leur assurait une bonne partie de leur nourriture, tant il est vrai que le lait et la pomme de terre formaient la base de leur subsistance, la viande de bœuf étant un luxe que l’on ne s’offrait que le dimanche. (Le plateau d’Algrange était presque entièrement cultivé)
            De nombreux commerçants allemands et par la suite des Italiens s’établirent dans notre commune : la boulangerie SPANG, la boucherie MAXHEIMER, BIRKEL pour les combustibles…, la terreur des enfants, le gendarme KOCH.
Souvenirs de Jean NIGRETTO d'Algrange entre 1880 et 1925
            Malheureusement presque toute la population allemande fut expulsée en 1918, leurs biens mis sous séquestre et vendus par les Domaines. Ce fut un chapitre lamentable dans l’histoire de notre commune, car ces gens qui avaient contribué à l’expansion de la localité furent donc expulsés avec 20 kilos de bagages et 2000 Marks. Bien qu'ils furent indemnisés par la suite par le gouvernement allemand de l’époque, cette indemnisation fut réduite à néant par une gigantesque inflation. Mais il faut souligner également à cet égard qu’après la guerre de 1939-40, les nazis procédèrent de la même manière en expulsant de nombreuses familles d’Algrange, honorablement connues…….
            Pour en revenir à la période d’avant 1914, il convient de faire ressortir la très forte natalité parmi les familles allemandes et italiennes (ce fut aussi le cas dans les familles polonaises après 1918). Une véritable démographie galopante et 6 à 7 et même 8 enfants dans la même famille était monnaie courante. En 1917, durant ma scolarité, la moyenne de ma classe était 6 et 7 enfants par famille et la classe de mon frère Antoine comptait 56 garçons ! On était loin des 20 à 24 enfants et moins par classe aujourd’hui… 
Souvenirs de Jean NIGRETTO d'Algrange entre 1880 et 1925
          Cette forte natalité entraînait des besoins accrus d’aliments de base, tel le lait, ce qui incita mes parents à commencer un commerce de lait (le père travaillant à la mine d’Angevillers) et ma mère allait chercher journellement à pied une trentaine de litres de lait à Angevillers avec une charrette à bras. Par la suite, la demande augmentant sans cesse, mes parents ont organisé des zones de ramassage rurales dans la région de Thionville (Basse-Ham et Metzervisse) y compris jusque dans la région de Perl en Allemagne. Le lait était centralisé dans la commune rurale par un ramasseur qui l’expédiait par voie ferrée jusqu’à Algrange où il arrivait vers 8h 15 du matin. Il s’agissait en l’occurrence du lait de la traite du soir mis en bidon et placé dans des fontaines publiques durant la nuit (les frigos étant inconnus à l’époque).
              A l’arrivée en gare d’Algrange, toute la famille était à la réception et allait distribuer et livrer ce lait dans chaque famille de sa clientèle. A l’époque, le jeudi étant libre de scolarité, je me rappelle encore d’un bidon de 6 litres avec lequel je faisais ma tournée et parfois, en arrivant essoufflé au 3ème étage pour livrer un demi-litre de lait, on me rétorquait qu’on n’en avait pas besoin ce jour là ! La distribution de lait devait impérativement être terminée pour 14h, car après le lavage des bidons il fallait ramener au galop ces bidons à la gare d’Algrange pour être réexpédiés vers les producteurs ruraux.
               Est-il besoin d’affirmer que ce n’est pas peu dire que pour relater toutes les imbrications relatives à cette période de 1880 à 1925, elles nécessiteraient à elles seules un livre entier. Que quelqu’un, en l’occurrence un Algrangeois entame un ouvrage sur notre commune natale et ses habitants sur la période précitée était vraiment nécessaire.
             Qu’il me soit permis de faire connaître ici, qu’en Allemagne, pour chaque village ou ville il existe une chronique locale tenue à jour et mentionnant les principaux événements survenus dans la localité.

 Jean NIGRETTO - 1990

Commenter cet article