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Le blog de Roland - Algrange d'hier et d'aujourd'hui

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

3 Septembre 2017, 07:15am

Publié par R.S.

Suite de mon livre (N°5)
Chapitre V - La mine d'Angevillers. ( 1883 – 1983 )
Anciennement mine " RÖCHLING "
Historique et évolution.

 

         Après la défaite française de 1870, de nombreuses sociétés se partagèrent la presque totalité du gisement de minerai algrangeois. Cette concession, dont une des entrées (carreau d'Algrange) se situe vers le nord de la ville, près des cités de la rue Bompard et de la rue de Londres, a été acquise par Rudolph RÖCHLING de Völklingen le 19 juin 1873. Des travaux de recherche et de sondage avaient été faits entre 1870 et 1878.

        Cette société sarroise " Gebrüder Röchling " avait bénéficié, dès la fin de la guerre, d'une large part de la répartition de la propriété minière. (de 1870 à 1878, elle obtint 1938 hectares) Par l'achat ultérieur de nouvelles concessions, Röchling étendit celle d'Algrange vers l'ouest pour former Sainte-Barbe (888 hectares)

        Des terrains et des maisons appartenant à des familles algrangeoises, telles les familles de Joseph FLORANGE ou de François ROBERT et Anne BISSERET furent rachetés par la société " SOMMER BLOSER & Cie" en 1873, dont le siège était établi à Neusse (Prusse rhénane)

 

        D'autres biens furent rachetés par la société Röchling Frères aux familles LENOBLE, ROLLINGER, RENARD, GUISSARD, WEBERT, GILLES, REDINGER, MERCIER, ROBERT, BISSERET, ACKERMANN, MULLER, KIPTIENNE…dans les années 1882 à 1889, comme le témoignent les actes notariés de Me. WATRIN, notaire à la résidence de Knutange et de Me. FILRINGER, notaire à Hayange.

            Entre 1873 et 1874, il y eut le fonçage et l’armage du puits d'Angevillers:  " Hermannschacht " rebaptisé " Armand " à l'Armistice.

            En 1877, la société " Gebrüder Röchling " devint " Gewerkschaft Röchling " et le 30 juin 1897, le ministère d'Alsace et de Lorraine à Strasbourg approuva l'attribution des concessions " Röchling " de 889 ha et " Röchling I " de 459 ha à cette société. (inscription au livre foncier des mines le 3 août 1908)

           Dans cette nouvelle concession se trouvaient les galeries " Pensbrunnen I " entre Algrange et Angevillers et " Bergwerk Röchling I " entre Tressange et Aumetz. Cela s'expliquait par la présence du haut-fourneau de Thionville et de la liaison facile Algrange-Thionville et Völklingen dans la Sarre, siège des frères Röchling.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

  L'exploitation régulière de cette mine dite " GUILLAUME " commença en 1883. Le carreau de la mine, les installations de surface, ainsi que des cantines et des écuries furent construits en 1886. De 1902 à 1905, un puits est percé à Angevillers, il sera surmonté d'un chevalement. On y fait descendre les hommes et le matériel pour ceux habitant Angevillers....

        La direction fut assurée par August KRAMM de 1882 à l’automne 1905, date de son départ en retraite. Le démarrage de l'exploitation des mines ne fut possible qu'avec un afflux de main-d'œuvre venue d'Allemagne. Mais ces nouveaux arrivants, il fallait les loger. Dès la fin du XIXe siècle, les premières cités ouvrières ou " colonies " furent érigées par les sociétés qui exploitaient les mines. Près de la mine, la première cité construite fut la cité Bompard, du nom d'un châtelain de Metzange à qui appartenaient les terres sur lesquelles elle fut bâtie. La construction de cette cité s'étala sur la décennie 1880-1890.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

                   Peu avant la guerre de 1914 fut entreprise la construction du début de la rue de Londres. L'espace était restreint, on dut très tôt franchir la route pour construire de nouvelles cités car le versant dominant la mine d’Angevillers étant bien trop raide.  Ainsi fut érigée la cité des " Terres Rouges " ou " Artillerie-caserne ", vaste bloc allongé de 150 mètres, construit en briques rouges, constitué de 44 logements de trois pièces-cuisine au rez-de-chaussée et un étage, surmonté de 4 mansardes. Une autre cité perchée au-dessus de la route vit également le jour: " la cité du Haut-mur ".

 

           Après la guerre de 1914-1918, les mines furent mises sous séquestre par le tribunal administratif de Metz, le 18 janvier 1919. La mine qui était intacte fut mise en liquidation et adjugée pour la somme de 33 millions plus 1 million cent cinquante mille francs représentant les éléments résultant de la convention additive à la S.M.M.L. (Société Minière et Métallurgique Lorraine) qui devint propriétaire des deux concessions (Röchling et Röchling I) par un acte reçu par Me. SIBILLE, notaire à Thionville, le 20 avril 1920 et inséré dans le bulletin officiel le 17 octobre 1921.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

        La concession d'Angevillers qui s'étendait sur 889 hectares, continua d'être exploitée, alors que celle de Röchling de 459 hectares resta inexploitée jusqu'en 1946. Connu sous le nom de Hermannschacht, le puits d'Angevillers avait été baptisé Armand à l'issue de la première guerre mondiale lorsque les biens allemands furent mis sous séquestre.

           Dès 1920, un directeur, M. BOISSEAU, était en place, assisté de M. LESCURE et de MM. VIDAL et VIGNON. Il quitta la mine en 1930 et fut remplacé quelque temps par M. TERRIER de la mine de Valleroy, avant que soit nommé le directeur Pierre GUINARD, qui resta en fonction jusqu'en 1940.

 

       En 1933, la Société des Aciéries de Longwy prit la gérance de la mine après la liquidation judiciaire de la S.M.M.L. Le 7 septembre 1934, un décret autorisa le partage de la concession " Röchling I " en deux autres concessions dénommées " Tressange " (444 ha) et " Gustave Wiesner II extension " (15 ha). Un nouveau décret fut signé  le 1er novembre 1938, autorisant l'amodiation des concessions Röchling et Tressange à la Société des Aciéries de Longwy, qui en est devenue propriétaire en 1946 par fusion. En 1949, une partie de la mine Guillaume a été amodiée à l'U.P.C.M.I.. En 1953, les deux concessions de Röchling et de Tressange sont devenues la propriété de Lorraine Escaut.

 

L'offensive allemande de mai 1940 provoqua l'arrêt momentané de la mine. Le 14 juin la mine a été abandonnée après destruction des machines principales (pompes, compresseurs, sous-stations électriques) par les autorités françaises. La mine passa alors sous contrôle des autorités allemandes, le 29 juin. Le 20 juillet mise en service d’un compresseur et départ de l’abatage dans certains chantiers. Elle reprit son activité  dès le 15 août 1940 (avec une production de 1000 tonnes/jour) et le 1er novembre 1940, elle reprit une marche normale à 2 postes à l’aide de mineurs prélevés dans les mines voisines…

 

L'année 1944 marqua le début de la retraite allemande à travers toute la France. La mine s'arrêta le 1er septembre 1944, mais fut remise en activité dès le 13 septembre. L'année 1946, marqua les débuts de la foration mécanisée. Le 23 octobre 1953, un acte de mutation de propriété se fit au profit de la Société Lorraine Escaut et approuvé par un décret du 9 septembre 1955.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

        Le 9 septembre 1964, un autre décret autorisait la mutation de propriété de la concession Röchling au profit de la Société des Mines d'Angevillers, et le 19 novembre 1964, un décret autorisait la modification du périmètre de la concession Röchling à porter le nom de: " Concession d'Angevillers ". Le 28 mars et le 8 juin 1966, il y eut augmentation du capital, puis le 9 septembre 1966, la société Usinor en fit sa filiale.

 

       Après le départ du directeur Louis PAILLARD en 1963, qui avait remplacé Pierre GUINARD qui avait assuré la fonction de directeur pendant l'année 1944, c'est un autre ingénieur de l'école des mines de Saint-Étienne M. DESCHRYVER qui prit le poste jusqu'en 1971. Il fut remplacé par M. AUBRY, ingénieur E.C.P., assisté de MM. LONGEAUX et TIRAVY.

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

La mine et ses installations.

 

       La mine d'Angevillers était caractérisée par son étendue et sa dispersion. Elle comprenait trois carreaux: celui d'Algrange, celui de Metzange et celui d'Angevillers.

  •  Le carreau d'Angevillers disparaîtra avec la fermeture du puits Armand en juillet 1967. Ce puits fut désaffecté suite aux complications de roulage. Cette mine était un véritable métro, relié par la galerie de Tressange à celle d'Algrange et de Metzange. Il avait fonctionné pendant 62 ans et servait aux mineurs habitant Angevillers qui rejoignaient quotidiennement les entrailles de la terre par ce puits.
  •  Le carreau d'Algrange était celui où seuls les hommes et le matériel sortaient, le minerai n'apparaissait plus depuis 1930. L'entrée du tunnel d'Algrange se nommait: " Louise ".

          Ce carreau comprenait les bureaux de la mine, les différents ateliers de réparation (mécaniques et électriques), le magasin et les hangars de stockage. (oxygène liquide…) De plus, sur ce carreau, étaient installées les douches des mineurs, la lampisterie et une infirmerie avec le bureau pour le médecin de travail.  

         De cette entrée à flanc de coteau, par taxi-mines et autorails, le personnel se rendait aux différents quartiers en empruntant la galerie " Louise ", reliant Algrange à la concession d'Angevillers.

  •  Le carreau de Metzange avait pris de l'ampleur avec l'implantation en 1962, d'une usine d'enrichissement du minerai de fer.   A Metzange, par l'intermédiaire de la galerie " Charles ", sortait le minerai extrait dans les deux concessions. Ce minerai, après être passé par l'usine d'enrichissement, était expédié directement à l'usine de Thionville.                                               

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)

La mine a toujours été liée à une usine, cela lui a permis de subsister alors que des mines marchandes ont dû cesser leur activité après la crise et les grèves de 1963/1965. La voie axiale qui drainait le minerai du fond de cette mine et qui sortait directement à Metzange était appelée " l'autoroute ". Une mine est, comme chacun le sait, composée de nombreuses galeries réparties en différents quartiers, et l'importance de son activité souterraine peut-être évaluée par la quantité de matériel mobile, or, que ce soit pour l'abattage et le chargement mécanique ou que ce soit pour le roulage, le matériel mobile de cette mine était important.

 

        La mine possédait aussi d'autres installations: des stations de concassage primaire, de criblage à la sortie de la galerie Charles de Metzange, un atelier d'entretien du matériel au fond à Tressange et un atelier de locomotives à Angevillers.

       L'une des grandes difficultés de l'exploitation était la lutte contre les infiltrations d'eau qui atteignaient 5 m3/minute en été et 50 m3/ minute en hiver dans les années 1960. Une partie de l'eau s'écoulait naturellement, l'autre partie était pompée par six pompes. L'aérage était également un problème pour cette mine.

  • Pour la concession d'Angevillers, l'entrée d'air avait lieu par les galeries et le retour d'air par le puits Armand à l'aide d'un ventilateur de 20 m3/seconde.
  • Pour la concession de Tressange, l'entrée et le retour d'air se faisaient par les puits de mine de Bure avec un ventilateur de 80 m3/seconde.
Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
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Le minerai.
        La mine d'Angevillers faisait partie du bassin d'Ottange – Tucquenieux Landres - Amermont, qui était une vaste coulée ferrifère logée entre les failles d'Audun le Tiche, Crusnes et Avril. A l'intérieur du bassin d'Ottange, plusieurs cassures importantes existaient, ce sont les failles médianes d'Ottange, d'Hayange, d'Angevillers et de Fontoy. Ce grand gîte avait été érodé par la Fensch et le ruisseau d'Algrange.

Production et personnel ouvrier.

 

        De 1883 à 1900, seule la mine Guillaume était en activité, et en 1900 fut mise en marche Pennsbrunn. Avec des débuts modestes: 11.307 tonnes pour 1883, elle atteignait déjà 289.577 tonnes en 1890. La mine a été en continuelle expansion pour atteindre 1.500.658 tonnes en 1913. La guerre amena une réduction de la production de l'ordre de 40%. La production fut médiocre entre les deux guerres: elle tomba jusqu'à 516.196 tonnes en 1931 avec une légère remontée en 1938, mais la deuxième guerre mondiale arriva.

 

        La production fut désastreuse. En 1945 elle fut de 223.716 tonnes, en revanche, elle atteint le chiffre record de 1.808.463 tonnes en 1970. L'accroissement de la production était dû à la venue de nombreux engins, ce qui eut aussi pour conséquence la réduction des effectifs.

 

        En 1883, il n'y avait que 70 mineurs mais l'effectif augmenta rapidement pour atteindre 728 mineurs en 1900. On fit appel à la main-d'œuvre étrangère, surtout italienne avant 1914. La mine eut en 1913, le nombre le plus élevé d'ouvriers: 1220. Lors de la reprise de la mine sous le contrôle des autorités françaises en 1919, il y avait 600 ouvriers. En 1920, la mine fut inondée suite à une crue violente. Les années 1922-1924 virent l'arrivée d'ouvriers magrébins. (d'Algérie et du Maroc) Tandis que les Polonais et les Italiens s'y firent embaucher mais pour une courte période. De 1928 à 1932, la mine fut en crise: 1000 ouvriers en 1928 et seulement 317 en 1932. De plus, la mine fut noyée en 1930, ce qui provoqua son arrêt…

Livre de Roland SEBBEN - ALGRANGE Cité aux 4 mines - La mine d'Angevillers (5)
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        Les années 1939/40 ne furent pas très bonnes car le personnel quittait souvent la mine à cause de la guerre. Le 13 juin 1940, sur instructions de l'ingénieur en chef des mines, on sabota les installations de surface, mais les dégâts furent peu importants. En juillet 1940, après réparations, la reprise se fit sous l'autorité allemande de la " Généralbeauftragte ". En 1942, la main d'œuvre fut renforcée avec des prisonniers de guerre soviétiques. Un camp était situé juste à côté de la mine. Après le départ de l'occupant allemand le 1er septembre 1944, l'exploitation fut arrêtée.

 

       Elle reprit difficilement dès le 13 septembre 1944. L'arrivée des Italiens provoqua une hausse des effectifs: 690 ouvriers en 1949, mais il y eut le départ des Polonais en 1947. A partir de 1951, on constata une baisse constante des effectifs; en 1972 il n'y avait plus que 278 ouvriers.

 

          Un centre d'apprentissage de la mine fut fondé en 1945, destiné aux apprentis des quatre mines d'Algrange. La répartition était inégale: ½ mine d'Angevillers, le reste 1/3 mine Burbach et 2/3 mine de La Paix, la mine de Rochonvillers n'y participera pas. Ce centre était situé dans un local appartenant à la mine Sainte-Barbe, dans la rue des Alliés, c'est M. Gaston FOISSEY qui fut très longtemps le directeur du centre, supprimé en 1961.

 

          Le puits Armand d'Angevillers fermé le 3 juillet 1967, sera ferraillé en septembre 1983. A partir de cette date les hommes et le matériel transitèrent par Algrange en empruntant la galerie Louise jusqu'à la fermeture définitive de la mine. En juillet 1978, on arrêta l'exploitation et le personnel fut muté dans les autres mines d'Usinor (Piennes, Tucquenieux) et à l'usine d'Usinor à Thionville. La mine d'Angevillers fermera en août 1979.

 

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Urgo 05/09/2017 20:47

Dans les années 80, il y a encore des anciens (nés au début du XX eme siècle) qui parlaient de la mine Röchling. C'est aujourd'hui, à travers ce blog, que je découvre passé minier d'Algrange.